Les travaux de Daniel Kahneman (Nobel 2002 d’économie) et d’Amos Tversky, sur l’économie comportementale; démontrent que nous sommes souvent les victimes d’un biais cognitif.

Au football, les tirs au but, à l’occasion de penalties; réussissent généralement à plus de 80% et scellent souvent le sort d’un match. Sur 286 tirs de pénalty analysés; on a relevé que lorsque le gardien plonge à droite pour l’arrêter, il y parvient dans 12,6 % des cas ; s’il plonge à gauche, c’est 14,2 %. Mais s’il reste tout droit, sans plonger, ses chances se montent à 33,3 %, c’est-à-dire 2,5 fois plus.

Alors, pourquoi plonge-t-il à droite ou à gauche ? Parce qu’il fait le job, celui que le public attend de lui. S’il reste tout droit et laisse entrer le ballon dans le filet, il sera sifflé pour n’avoir rien fait; bien que ce soit l’option la plus efficace. S’il choisit l’option la moins efficace, plonger à droite ou à gauche, dans un saut spectaculaire; il sera applaudi malgré le but marqué car il aura donné l’impression de s’être défoncé pour l’arrêter. C’est ce qu’on appelle le biais d’action qui nous incite à agir plus, au détriment, bien souvent; du temps de réflexion.

De quoi s’agit-il ? De distorsions dans la perception ou le traitement d’une information. Ce qui nous conduisent à accorder des niveaux d’importance différents à des faits de même nature. Il y a de nombreux biais liés à la perception et au jugement. Sans les énumérer tous, citons quelques exemples.

  • Nous avons tendance à privilégier les faits qui confirment nos hypothèses et délaisser ceux qui les contredisent.
  • Nos décisions reposent souvent sur une hypothèse initiale dont nous ne nous départirons pas. Par exemple; le premier chiffre avancé dans une négociation, va influencer tous les intervenants à la discussion et constituera l’ancrage autour duquel se finalisera la décision.
  • La recherche du consensus, sans avoir procédé à une évaluation réaliste des autres actions possibles, nous pousse à nous conformer à l’opinion de la majorité. Par exemple, quand nous achetons un livre, nous aurons tendance à acheter celui dont on a le plus parlé.
  • Nous négligeons les faits statistiques au profit d’une information directement accessible. Winston Churchill vécut jusqu’à 90 ans. Or c’était un grand buveur et un fumeur invétéré. Conclusion : boire et fumer ne seraient pas dangereux pour la santé. D’ailleurs, nous fumons et buvons sans entraves au jour le jour sans tenir compte des effets nocifs à long terme; sur notre santé, de ces mauvaises habitudes.
  • L’aversion pour la perte nous rend plus sensible aux risques qu’aux chances. D’après Antonio Damasio, neurologue de réputation mondiale, un patient acceptera plus volontiers de suivre un traitement. Si on lui dit que 90% de ceux qui l’ont suivi sont en restés en vie 5 ans après. Ou que si on lui dit que 10% sont morts. Il constate aussi que la plupart des gens préfèrent monter dans une auto que prendre l’avion. Alors que le calcul objectif des risques démontre sans ambiguïté que nous avons bien plus de chances de rester en vie si nous nous rendons d’une ville à une autre en avion que si nous effectuons le trajet en voiture.

Il faut donc se méfier de ce que nous croyons être l’objectivité. Mais surtout peser soigneusement les décisions que nous sommes amenés à prendre à l’aune de ces distorsions éventuelles.

 

Invité Alain Goetzmann

Coach & Conseil de Dirigeants

www.alaingoetzmann.com