Mes premiers enseignements

Comme beaucoup de quinquas, j’ai décidé de vivre l’expérience de la start-up et quitter le monde des grandes entreprises pour obtenir la liberté de monter mon propre projet. Après avoir managé des dizaines de personnes, me voici seul face à moi-même pour réaliser mon rêve : créer ma boite.

1/ vous êtes votre propre moteur

Habitué à avoir un agenda rempli par les autres (mes collaborateurs, mes patrons et les directions transverses, mon assistante), me voici dès les 1ers jours avec un agenda totalement vide. Ce qui m’a pesé le plus très vite, c’est la solitude, le manque de relations au quotidien. Et pourtant, d’ordinaire, j’adorais me retrouver seul pour réfléchir sur ma stratégie en télétravail loin de la réunionite. Mais au bout de quinze jours, mon équipe me manquait cruellement : pour confronter mes idées, ou tout simplement pour prendre un café et rire de la vie. J’ai alors décidé de multiplier les déjeuners avec mon réseau pour briser l’isolement et garder la motivation indispensable pour créer sa boite. Je remplissais également très vite mon agenda de sujets à traiter avec des livrables à sortir dans des délais courts, et j’ai dévoré des livres comme celui d’Eric Ries sur le lean start-up, conseillé par mon ancienne directrice marketing, pour apprendre de l’expérience de ceux qui se sont déjà jetés dans une telle aventure !

2/ Une idée, ce n’est pas un projet et un projet, ce n’est pas une proposition de valeur.

Puis j’ai décidé de rentrer chez un incubateur. Quelle fut ma surprise de me retrouver en présence d’anciens managers comme moi ! Nous étions plusieurs à avoir roulé notre bosse et nous acceptions de nous remettre en cause en apprenant tous les basiques de la création d’une start-up. Deux mois de formation sur la stratégie, le CANVAS, la proposition de valeur, le go to market, la roadmap produits, la comptabilité, le financement…etc. Chaque jour démarrait par un nouveau formateur avec l’exercice du pitch. Très vite, on nous a mis en avant que la réussite d’une start-up, c’était 1% l’idée et 99% l’exécution. Bref, tout reste à faire et les embûches sont nombreuses. Il est donc préférable d’avoir un projet bien structuré et cohérent mais surtout une proposition de valeur claire, unique et forte pour son marché.

A mon sens , pour réussir, il faut déjà avoir le feu sacré (être convaincu qu’on va révolutionner le monde et surtout être passionné par sa mission : le why doit guider nos pas !) et construire, solidifier sa proposition de valeur  pour créer son actif : ce qu’on est , ce que nous proposons, i.e notre solution face au problème, ce que l’on vend, à qui on le vend, comment on le vend, les bénéfices et le progrès, les barrières à l’entrée…Petit à petit, on se raconte une histoire que l’on peut pitcher en 1 mn, 2mn, 5 mn ou 10 mn face à toutes sortes de publics.

3/ Eviter l’effet tunnel avec un MVP

Une start-up se construit sur un produit généralement innovant qui doit lui assurer une croissance exponentielle. Innovation technologique ou innovation d’usage. Au départ rarement financé à moins d’avoir un nom célèbre, le défi du startupper est alors de réaliser un produit à moindre coût et performant. La méthode lean start-up consiste alors à réaliser un produit sur les fonctionnalités clés (le MVP : Minimum Viable Product) en validant chaque fonctionnalité produite auprès de clients. Comme mes camarades de promo de l’incubateur, il a fallu se faire violence pour limiter le périmètre de son 1er MVP. Le gros avantage est de ne pas dépenser à tort et de savoir avant la commercialisation ce qu’en pensent les clients. Il est indispensable d’être honnête avec soi-même et ainsi de lister ce que l’on sait déjà (par expérience : les enseignements sur lesquels on s’appuie) et ce que l’on ne sait pas (les hypothèses à valider).

4/ Gérer l’ascenseur émotionnel

Tous les startuppers doutent. Même animés du feu sacré, nous vivons souvent dans la même journée des hauts et des bas. Tel concurrent pivote vers votre produit, tel rendez-vous clé est annulé vous rappelant que vous n’êtes pas (encore) grand-chose, tel client vous dit que votre produit est génial, tel autre vous dit qu’il est très bien mais qu’il ne l’utilisera pas, ….

Quand vous êtes manager dans un grand groupe, vous passez des bonnes ou mauvaises journées. Quand vous lancez votre start-up, vous vivez des heures où vous êtes hyper motivés et d’autres où vous prenez un gros stress. Il suffit de le savoir pour savoir prendre du recul et surtout continuer à avancer de manière structurée pas à pas. Il faut savoir reculer, pivoter, reconnaitre ses erreurs, relativiser, écouter, ne pas écouter, prendre les ondes positives, reprendre les bonnes idées des autres, éviter ceux qui ne croient pas en vous et dans votre projet, prévoir un plan B au cas où, partager avec son mentor ou des coachs, savoir faire un break et se ressourcer…

5/ S’associer … ou pas

La question de l’Equipe arrive très vite. Il s’agit pour réussir le projet de réunir toutes les compétences nécessaires. Vous savez ce que vous savez faire et les domaines où il vous faut recruter. En avançant, si vous êtes le CEO de votre start-up, vous risquez en plus devoir vous consacrer au financement (50% de votre temps sur 9 mois pour décrocher des fonds) ou à la communication (pour construire votre marque sur les réseaux sociaux, ce qu’on appelle le personal branding). Alors vous ne pouvez rester tout seul. Cependant, certains créateurs expérimentés vous mettront en garde sur le choix des associés en vous expliquant que c’est comme un mariage (« jamais simple de divorcer avec un associé ! »). Et si vous en choisissez un, mieux vaut aussi bien définir les rôles et responsabilités et à qui revient la décision finale en fonction des sujets.

On dit souvent que l’objectif d’un startupper est de développer un actif. En réalité, je dirai aussi que son rôle est de minimer les risques car il y en a partout et tout le temps.  Savoir se focusser sur sa proposition de valeur et apprendre sans cesse de ses clients pour améliorer son produit. Et être suffisamment à l’écoute et agile pour pivoter et optimiser son business model.

Dans quelques mois, je créerai ou pas ma SAS en fonction de ce que j’aurai réussi à mettre en application concrètement. A suivre donc !

Pascal Goupilleau